L’intelligence artificielle (IA) bouleverse progressivement notre rapport au travail, à la connaissance et à l’organisation des entreprises. Transformation des métiers, évolution des compétences, automatisation de certaines tâches, nouvelles formes de collaboration, mais aussi questions sur l’autonomie, la surveillance ou encore les conditions de travail : les enjeux sont nombreux et concernent désormais l’ensemble des salariés.
Au CEA Grenoble, où l’innovation est au cœur des missions de recherche et de développement, ces évolutions ne peuvent être considérées comme de simples évolutions technologiques. Elles interrogent directement l’avenir des métiers scientifiques, techniques, administratifs et support, ainsi que les modalités d’exercice du travail.
Une révolution déjà en marche
Sur le terrain, les situations sont très diverses. Certains collaborateurs utilisent déjà quotidiennement des outils d’IA générative ou d’aide à la programmation, parfois de manière informelle. D’autres n’y ont pas encore accès ou s’interrogent sur leur intérêt réel pour leurs activités.
Dans le même temps, les organisations accélèrent les expérimentations et les déploiements. Cette dynamique peut créer un décalage entre la rapidité d’arrivée des nouveaux outils et la capacité des équipes à les comprendre, à les maîtriser et à en mesurer les conséquences sur leur activité.
Pour la CFE-CGC SICTAM, cette transformation ne doit pas être subie. Elle doit être anticipée, expliquée et accompagnée.
Un enjeu majeur de dialogue social
C’est précisément autour de ces questions que le média Miroir Social, en partenariat avec le cabinet Technologia, a organisé un webinaire consacré à l’intelligence artificielle et au dialogue social.
Plusieurs experts et représentants de la CFE-CGC y ont partagé leurs retours d’expérience, rappelant que l’IA ne constitue pas uniquement une évolution informatique : elle modifie profondément les organisations de travail et les relations professionnelles.
Comme l’a souligné Marc Chenais, directeur général de Technologia, les représentants du personnel comme les directions doivent désormais acquérir une véritable culture de l’IA. Après l’émergence des modèles de langage génératifs (LLM), les prochaines évolutions, notamment l’IA dite « agentique », capable de prendre certaines décisions ou d’agir de manière autonome, ouvriront de nouveaux défis.
Identifier les métiers les plus concernés
Toutes les activités ne seront pas impactées de la même manière.
Certaines verront leurs tâches évoluer, d’autres bénéficieront d’outils d’assistance de plus en plus performants, tandis que de nouvelles compétences deviendront indispensables.
Pour la CFE-CGC, il est essentiel d’anticiper ces évolutions dans le cadre de la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP). L’objectif n’est pas seulement d’accompagner les changements mais également de permettre à chaque salarié de développer ses compétences et de préparer son évolution professionnelle.
Cette réflexion est particulièrement importante dans un établissement comme le CEA Grenoble, où les expertises constituent une richesse stratégique.
La transparence doit rester la règle
Corinne Schewin, représentante CFE-CGC chez Airbus, a rappelé que les outils d’IA commencent déjà à intervenir dans les processus de mobilité interne, d’identification des compétences ou de rapprochement entre profils et postes.
Ces nouveaux usages nécessitent plusieurs garanties :
- une parfaite transparence des critères utilisés ;
- une cartographie claire des compétences ;
- une maîtrise de l’utilisation des données personnelles ;
- le maintien de la décision finale sous responsabilité humaine.
L’intelligence artificielle peut constituer une aide précieuse pour les services RH, mais elle ne doit jamais remplacer le jugement humain ni introduire des biais dans les parcours professionnels.
Former pour ne laisser personne de côté
L’un des principaux enseignements du webinaire est que la réussite de cette transformation repose avant tout sur les compétences des salariés.
La formation devient donc un enjeu majeur. Chacun doit pouvoir comprendre les possibilités offertes par ces nouveaux outils, leurs limites, leurs risques, mais aussi développer les compétences qui permettront d’en faire un usage pertinent dans son métier.
Cet accompagnement concerne également les managers, qui devront piloter des équipes dont les pratiques évolueront rapidement.
Préserver les conditions de travail
L’intelligence artificielle ne doit pas être évaluée uniquement à travers les gains de productivité.
Comme l’a rappelé Pascal Fabre, co-animateur du réseau des experts IA de la CFE-CGC, les conséquences sur les conditions de travail doivent être examinées avec la même attention :
- évolution de la charge de travail ;
- autonomie des salariés ;
- qualité de vie au travail ;
- surveillance des activités ;
- responsabilité en cas d’erreur produite par un système d’IA.
Ces questions devront être pleinement intégrées au dialogue social et aux travaux des représentants du personnel.
La CFE-CGC SICTAM restera mobilisée
L’intelligence artificielle représente une formidable opportunité pour renforcer la recherche, accélérer certains développements et améliorer les outils mis à disposition des salariés. Mais son déploiement ne pourra être durable que s’il s’appuie sur un dialogue social de qualité et sur une véritable politique d’accompagnement.
Au CEA Grenoble, la CFE-CGC SICTAM sera particulièrement attentive à ce que les salariés soient pleinement informés des projets en cours, bénéficient des formations adaptées, voient leurs compétences reconnues et puissent exercer leur métier dans des conditions respectueuses de leur autonomie, de leur expertise et de leur santé au travail.
L’innovation fait partie de l’ADN du CEA. Elle doit continuer à s’appuyer sur ce qui constitue sa première richesse : les femmes et les hommes qui la rendent possible au quotidien.
